La rentrée s’est bien passée
pour toute la famille :
- après une journée seule à son poste, le temps de retrouver ses
marques, Maman a rencontré sa remplaçante qui est très gentille et très motivée ;
- Papa est satisfait de ses classes et de son emploi du
temps (dans sa version originale, car une semaine plus tard, la version 12.3 est plus critiquable) ;
- Scarabouil a vite retrouvé ses copains et ses habitudes à la halte-garderie, de même que
les joies des virus généreusement partagés (une gastro de gagnée au bout de la première semaine).
Une bonne rentrée donc pour tout le monde… sauf pour Bastoche. Depuis le 1er septembre (il
est ponctuel), notre toutou n’avait pas l’air dans son assiette :
- il boudait sa
gamelle ou au contraire se jetait dessus comme la misère sur le monde et restait à l’affût de la moindre miette tombée de la table ;
- il ne jouait plus ;
- il dormait toute la journée, tout mou du genou ;
- il rechignait aux
promenades ;
- il grattait à la porte du couloir et pleurait la nuit jusqu’à ce que l’homme de
la maison se décide à dormir dans le salon (oui, il est très dévoué à son chien) ;
- et comble de tout : il nous a gratifié de divers excréments à différents endroits de l’appartement (un vrai jeu de piste dont je tairai les détails glauques).
Nous commencions à perdre patience (à cause du manque de sommeil) mais surtout à nous inquiéter. Etait-il malade ? Sur le point de nous adresser au
vétérinaire, nous sommes tombés sur un article traitant de la "déprime" des chiens et chats au retour des vacances (comme quoi les magazines télé regorgent d’informations intéressantes). C’est exactement de notre Bastoche que cet article parlait ; tout s’est alors éclairé : il avait
le blues de la rentrée !
Après 2 mois passés avec ses maîtres aux petits soins pour lui, il a
mal supporté de reprendre la routine habituelle et de passer ses journées à attendre le retour du reste de la meute. D’autant que ses maîtres se sont laissés rapidement emportés par le flot des
tâches quotidiennes, laissant le chien vaquer librement sous prétexte que, ne faisant pas de bêtises, il n’avait pas besoin d’être surveillé. Honte sur eux !
Nous avons décider de remédier au problème avec :
- un bon bain pour le revigorer ;
- des réprimandes fermes lorsqu’il pleurait la nuit (problème réglé en 10 minutes) ;
- des promenades un peu plus longues.
Même Milan y a mis du sien en le sollicitant plus souvent pour jouer et le câliner.
Résultat : mitigé... Il rechigne encore à la dernière promenade du soir (peut-être à cause du
rafraichissement des soirées…) et se prive encore de croquettes au soir des journées de solitude les plus longues. Mais il a l'air de retrouver la pêche même si ce n'est pas encore ça et
qu'il rechute parfois.
Suffira-t-il qu’on lui prodigue un peu d’attention, pauvre petite bête névrosée sensible ?
Ce matin avant le travail, je devais aller en ville, au laboratoire d’analyses,
me faire prélever du sang. Je devais être à jeun et serai rentrée ensuite prendre mon petit-déjeuner. Avant de partir, je devais sortir le Bastoche. J’ai réfléchi au moyen de perdre de le moins
de temps possible et ne pas risquer d’être en retard. Et je n’aurais pas dû. Réfléchir...
Car j’avais pensé qu’au lieu de descendre 5 étages, attendre Bastoche, remonter 5 étages pour le faire rentrer et redescendre 5 étages pour aller au labo, j’irais plus vite en emmenant la bête
avec moi en ville. En voiture. Erreur fatale ! Car une fois garée devant le labo, j’avais à peine entrouvert la portière que ce crétin
l’animal avait pris la fuite. Je l’ai appelé, ne le lâchant pas du regard : il restait sur le trottoir, le long des maisons... J’ai continué à l’appeler... ai tourné la tête (pourquoi déjà ?), juste une fraction de seconde (peut-être même moins), puis entendu le bruit le plus assourdissant que j’aie
jamais entendu, suivi de la plainte la plus déchirante... Bastoche venait d’être heurté par un pur salopard chauffard qui roulait bien
au-dessus de la vitesse autorisée en plein centre-ville et ne s’est pas même pas arrêté, pas même ralenti histoire de se demander d’où pouvait provenir le choc, laissant derrière lui, sur la
chaussée, mon petit chien couché sur le flanc, sans connaissance. 5 interminables minutes à le regarder rester inerte, à ne pas oser le toucher de peur de faire pire, à me dire qu’il était fichu
parce que j’avais voulu gagner 5 ridicules minutes sur mon emploi du temps matinal. Quel soulagement quand il s’est subitement redressé d’un seul bond sur ses quatre pattes, complètement paniqué
et désorienté, mais vivant !
Nous sommes restés là encore 20 bonnes minutes, Bastoche couché à mes pieds, moi au téléphone, dans l’espoir vain que le vétérinaire de garde veuille bien décrocher son téléphone. Bastoche se
montrant plutôt vaillant, nous sommes rentrés à la maison pour appeler un autre véto, qui a fait le déplacement chez nous. Diagnostic : un petit chien sonné qui s’en sort avec un œdème à
l’arrière-train et une inflammation dans la patte arrière droite. Pas de fracture apparente, pas d’hémorragie interne a priori, et pas la moindre égratignure par ailleurs. Il est resté sous
surveillance rapprochée toute la journée. Tout a l’air en ordre… il est juste un peu flagada mais après un tel choc, rien de plus naturel.
J’en avais déjà vu, des cadavres d’animaux, sur le bord des routes. J’avais déjà maudit les chauffards qui les
avaient laissés là, en me disant « et si c’était mon Bastoche ? ». Et ça me rendait triste. Mais le voir dans cet état ce matin n’avait rien de comparable. C’était vraiment
horrible. Et je ne remercie pas celui ou celle qui a, le premier, décidé de domestiquer des chiens, des chats, etc. pour en faire des animaux de compagnie. Il/elle aurait dû prévenir clairement
du risque d’attachement rapide et profond du maître pour son animal (et réciproquement ?) et de ses conséquences : s’inquiéter pour lui presque autant que pour un enfant. Ce n’est pourtant qu’un chien, b***** ! mais j’ai quand même mis la matinée à me défaire de cette angoisse et
surtout de l’image du chien sur la chaussée.
Au fur et à mesure que Milan grandit et devient autonome, grandit aussi la connivence qui le lie déjà depuis de longs mois avec Bastoche. On se rappelle avec nostalgie de leurs premiers forfaits communs (trafic de chaussettes, échanges de jouets...), encore innocents, facilement déjouables (le bébé au lit, le chien au panier).
Aujourd’hui, pas moyen de se faire obéir des deux en même temps (c’est seulement l’un ou l’autre...).
Petit à
petit se sont tressés de vrais échanges entre eux.
Dans les bons moments, Milan lance les jouets du chien qui les rattrape. Il le caresse aussi, essaie de lui faire des câlins, lui
donne à manger, vérifie qu’il a terminé toutes ses croquettes... Bastoche, quant à lui, adore lécher les mains, les pieds, toutes les petites plages de peau nue accessibles (ce qui n’est pas forcément du goût des maîtres). Il aime aussi écouter l’histoire du soir, tapi sous le lit de Milan et s’installe souvent près du bébé quand il pleure.
Leur bonne entente connaît néanmoins quelquefois des crises. Ainsi, pendant les vacances de fin d’année,
Bastoche fuyait Milan qui le poursuivait à grands éclats de rire avec son bolide-pot-pot de chambre. Nous avons souvent été le dernier refuge du chien, le bébé ne comprenant pas la
peur-panique du toutou. En ce moment, Milan gronde beaucoup Bastoche dont l’enthousiasme parfois débordant lui fait souvent perdre l’équilibre ou le fait trébucher. Evidemment, Bébé n’est pas
content et le chien reçoit alors une bonne ration de « non » fermes et catégoriques cependant qu’il se fait repousser de toutes les forces de deux petits bras
potelés.
Quoi qu’il en soit, ces deux-là s’entendent à merveille, pour notre plus grande satisfaction. En toute circonstance, Bastoche se
montre toujours bienveillant et d’une patience infinie envers Milan. Du coup, nous ne nous expliquons pas pourquoi il est parfois si
intolérant envers les autres enfants…